Depuis quelques semaines, le mot « hantavirus » circule largement dans les médias et sur les réseaux sociaux suite au foyer épidémique survenu sur le navire de croisière MV HONDIUS. Certains y voient déjà « le prochain Covid ». D’autres parlent d’un virus rare mais redoutable. Entre informations scientifiques et emballement médiatique, qu’en est-il réellement ? Comme souvent en santé, bien comprendre permet de mieux se protéger sans céder à la panique.
Les hantavirus sont connus depuis plusieurs décennies par les infectiologues. Ils appartiennent à une famille de virus transmis principalement par certains rongeurs sauvages (mulots, campagnols, rats, souris selon les régions du monde). Chez l’Homme, ils peuvent provoquer des formes cliniques parfois sévères, mais leur mode de transmission et leur épidémiologie sont très différents de ceux des virus respiratoires comme le SARS-CoV-2.
QU’EST-CE QU’UN HANTAVIRUS ?
Les hantavirus sont des virus à ARN présents partout dans le monde, mais leur répartition est très inégale selon les régions. Certains pays comme les États-Unis, la Corée du Sud ou la Russie connaissent des épidémies régulières, avec plusieurs centaines de cas par an. En France, on recense seulement quelques cas sporadiques chaque année, le plus souvent localisés dans le nord-est du pays.
En Europe, le principal hantavirus est le virus Puumala. Il est responsable d’une forme généralement modérée appelée « néphropathie épidémique », caractérisée par de la fièvre, des douleurs musculaires, des céphalées et parfois une atteinte rénale transitoire.
En France, les cas restent peu fréquents et concernent surtout certaines régions du nord-est où vivent les campagnols réservoirs du virus. La majorité des patients guérissent sans séquelles après prise en charge médicale adaptée.
En Amérique et en Asie existent d’autres hantavirus, notamment ceux responsables du « syndrome pulmonaire à hantavirus » (HPS). Cette forme est plus sévère, avec une atteinte respiratoire pouvant évoluer rapidement vers une détresse respiratoire aiguë. Il s’agit notamment de la souche Andes (ANVD) incriminée dans le foyer épidémique du bateau MV HONDIUS.
POURQUOI L’HANTAVIRUS DES ANDES INQUIÈTE-T-IL AUTANT ?
L’inquiétude provient principalement de trois éléments :
- Une mortalité élevée : entre 30 % et 40 % pour les cas confirmés hospitalisés (bien au-delà du virus Puumala, retrouvé en France, qui présente une mortalité de 0,1 à 0,4 %).
- Des symptômes initiaux peu spécifiques (fièvre, fatigue, douleurs musculaires).
- Le mot « virus émergent » qui réactive le souvenir collectif de la pandémie de Covid-19.
Cependant, il est important de ne pas confondre l’hantavirus avec les coronavirus. Ces virus sont très différents, notamment dans leur mode de propagation. Contrairement aux coronavirus, qui se transmettent facilement d’une personne à l’autre, l’hantavirus se transmet principalement par contact avec des rongeurs infectés ou avec leurs déjections (urine, salive, excréments), généralement après inhalation de particules contaminées présentes dans l’air. Son potentiel de propagation à grande échelle est donc beaucoup plus limité.

EXISTE-T-IL UNE TRANSMISSION ENTRE HUMAINS ?
L’hantavirus des Andes est le seul hantavirus connu pour lequel une transmission interhumaine a été documentée bien que cette transmission reste marginale par rapport à l’exposition aux rongeurs infectés.
La transmission interhumaine ne survient que lors de contacts très étroits et prolongés, par exemple entre personnes vivant ensemble. Le mode exact de transmission n’est pas encore entièrement compris, mais la probabilité d’infection entre humains est très faible.
À ce jour, aucun élément scientifique ne permet de considérer les hantavirus comme une menace pandémique comparable au Covid-19. Les spécialistes parlent plutôt d’infections zoonotiques localisées, nécessitant surveillance et prévention ciblée.
QUELS SONT LES SYMPTÔMES ?
Après une exposition au virus des Andes, les premiers symptômes n’apparaissent pas immédiatement. La période d’incubation dure en moyenne 2 à 3 semaines, mais peut s’étendre jusqu’à 6 semaines — ce qui complique la détection précoce des cas.
La maladie évolue ensuite en deux temps, mais toutes les personnes infectées n’atteignent pas le stade sévère.
Dans un premier temps, le patient ressent des symptômes qui ressemblent à une grippe banale : fièvre, fatigue, maux de tête et douleurs musculaires. Cette phase dure quelques jours. Pour une partie des patients, ces symptômes restent les seules manifestations de la maladie, qui évolue alors favorablement vers la guérison.
Chez d’autres patients en revanche, l’état se dégrade brutalement vers un syndrome pulmonaire sévère : toux sèche, détresse respiratoire avec œdème pulmonaire (les poumons se remplissent de liquide), voire défaillance cardiaque engageant le pronostic vital.
C’est cette deuxième phase, caractéristique du syndrome cardiopulmonaire, qui fait la gravité du virus des Andes.
FAUT-IL AVOIR PEUR ? FAUT-IL SE DÉPISTER ?
Non, il faut surtout être informé.
Face à une maladie potentiellement sévère et largement relayée par l’actualité, la peur est compréhensible. Mais les données scientifiques disponibles invitent davantage à la vigilance raisonnée qu’à l’inquiétude excessive.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Centre européen pour la prévention des maladies (ECDC) considèrent que le risque pour la santé humaine associé à cette situation est faible pour la population générale et modéré pour les passagers du bateau.
Des recommandations relatives à la prise en charge des ressortissants français présents sur le navire, à leur arrivée sur le territoire national, et des personnes contacts ont été élaborées en lien avec les experts nationaux et internationaux.
Le diagnostic repose sur la réalisation d’une sérologie (recherche d’anticorps) ou d’une RT-PCR (détection directe du virus par l’ARN). Il n’existe actuellement ni traitement spécifique ni vaccin ; la prévention repose donc sur la rupture de la chaîne de transmission.
À ce stade, aucune mesure de dépistage ou de prise en charge spécifique n’est recommandée en population générale.

Sources :
- Centers for Disease Control and Prevention (CDC)
- Centre de collaboration nationale des maladies infectieuses (CCNMI) – Quelles sont les principales caractéristiques des hantavirus ?
- www.pasteur.fr/fr/sante-publique/CNR/les-cnr/hantavirus/la-maladie-recommandations
- DGS-Urgent n°2026_04 Cluster de cas d’Hantavirus Grand Est – ARS – Les PFAS, de quoi s’agit-il ? ARS Grand Est